Le Sri Lanka, nouvel eldorado asiatique de l'arnaque en ligne ?
Le Sri Lanka est-il en passe de devenir un nouveau "hub" de la cybercriminalité internationale ? Lourdement réprimés au Cambodge ou en Birmanie, les escrocs du net semblent s'être redéployés dans l'île d'Asie du Sud, où les arrestations se multiplient.
Depuis le début de l'année, plus d'un millier d'étrangers - pour la plupart issus de Chine, du Vietnam et d'Inde - ont été interpellés pour fraude en ligne, détaille à l'AFP un porte-parole de la police, Fredrick Wootler, un chiffre en nette hausse par rapport à 2024 et 2025.
Dernier épisode en date d'une longue série, près de 200 suspects ont encore été appréhendés lundi soir lors d'opérations menées dans quatre localités des districts côtiers de Galle et Matara, des dizaines d'ordinateurs et des centaines de téléphones saisis.
Le mois dernier, les douanes ont intercepté à l'aéroport de Colombo neuf ressortissants chinois dont les bagages - portables d'occasion, tablettes, routeurs wifi et traceurs GPS pour un total estimé à 65.000 euros - ne faisaient guère de doute sur leurs intentions criminelles.
Les autorités sri-lankaises en sont persuadées, les réseaux de cyberescrocs ont profité de leur généreuse politique d'immigration - visas touristiques gratuits de 30 jours pour les citoyens de 40 pays dont la Chine et l'Inde - pour y déménager leurs activités.
Ces filières peuvent également bénéficier dans l'île d'Asie du Sud d'un réseau internet moderne.
Les forces de l'ordre de Birmanie et du Cambodge ont multiplié ces derniers mois les raids pour démanteler des filières dont le butin se compte en milliards de dollars.
Phnom Penh affirme avoir expulsé depuis janvier 13.000 étrangers et en avoir contraint 250.000 autres à prendre la fuite. Quant à la junte birmane, elle assure avoir mis hors d'état de nuire plusieurs centres d'arnaque en ligne florissants proches de la Thaïlande.
L'ambassade de Chine à Colombo a elle-même reconnu le déménagement d'une partie de ces mafias vers le Sri Lanka, confié "attacher une grande importance à cette tendance" et promis toute sa coopération.
- Signalements -
Ces groupes criminels transnationaux ont d'abord ciblé les personnes parlant chinois, puis élargi leurs fraudes en tous genres - cryptomonnaies, jeux d'argent et autres escroqueries sentimentales - à toute l'Asie - Inde, Vietnam ou Philippines - et au monde entier.
Ces derniers mois, le gouvernement de Colombo s'inquiète d'être devenu leur nouvelle cible.
Il en veut pour preuve la récente cyberattaque qui a visé le système informatique de son administration du Trésor, vidée de 2,5 millions de dollars en quelques clics.
La police a appelé à la plus extrême vigilance les propriétaires de villas, les hôteliers ou les loueurs de bureaux pas très regardants sur leurs clients étrangers, les menaçant même de poursuites pour complicité.
"Nous recevons de nombreux signalements tous les jours", confirme son porte-parole, "il nous est arrivé de mener jusqu'à cinq raids en une seule nuit".
Les services de l'immigration ont eux aussi décrété la mobilisation générale. "Nos agents sont directement impliqués, à la mesure de l'augmentation des dossiers entre les mains de la police", indique sous couvert d'anonymat un de ses responsables.
Un rapport de la commission des Nations unies pour les droits humains a estimé cette année à environ 300.000 le nombre d'individus issus de 66 pays enrôlés de force dans les centres d'arnaque en ligne d'Asie du Sud-Est.
Les autorités de Colombo assurent qu'elles n'ont pas pour l'heure été informées de l'entrée illégale sur leur territoire de ces "petites mains" des filières criminelles.
Des dizaines de ressortissants sri-lankais ont été "libérés" l'an dernier de ces usines à cyberfraudes à la faveur d'opérations de police menées en Birmanie ou au Cambodge, ajoutent-elles toutefois.
"Nous expulsons tous les détenteurs de visas périmés", rappelle le policier Fredrick Wootler. "Et si des étrangers se sont rendus coupables de crimes en ligne, nous les poursuivons et les faisons punir par nos tribunaux".
Y.al-Hamad--BT