Début du procès des tueurs présumés du grand frère d'Amine Kessaci lors d'un triple assassinat
Entouré d'un impressionnnant dispositif de sécurité, le procès emblématique d'un triple narchomicide perpétré en 2020 s'est ouvert lundi à Aix-en-Provence, une affaire illustrant l'extrême violence des réseaux de stupéfiants. Parmi les victimes retrouvées carbonisées, Brahim, grand frère d'Amine Kessaci, figure de la lutte antitrafic.
Le militant de 23 ans, sous protection depuis plus d'un an, est arrivé pour l'audience entouré de policiers cagoulés. Avant d'entrer dans la salle, l'adjoint au maire de Marseille, âgé de 23 ans et qui sera entendu comme partie civile, a une nouvelle fois expliqué être "ici pour la justice, sans esprit de vengeance".
La famille Kessaci avait été une fois encore endeuillée avec l'assassinat, en novembre 2025, du cadet de la fratrie, Mehdi, totalement étranger lui au trafic de drogue. Sa mort à 20 ans sous les balles d'un commando à moto en plein centre de Marseille avait provoqué une onde de choc nationale.
Les audiences devant la cour d'assises se dérouleront sur trois semaines, avec un important dispositif sécuritaire en raison du profil des cinq accusés, dont deux figures de la grande criminalité marseillaise.
Les faits se sont déroulés en 2020, en pleine guerre de territoires de la drogue à Marseille. Bien avant l'émergence de la DZ Mafia, qui allait imposer dans le sang son contrôle hégémonique sur le trafic.
Le 29 décembre, un véhicule est retrouvé incendié dans un tunnel d'autoroute. Dans le coffre et sur le siège passager, deux corps calcinés, chacun une balle dans la tête: Réda Khaldi et Brahim Chabane.
Quelques jours plus tard, le 6 janvier, un autre véhicule incendié est retrouvé. Dans le coffre, un troisième corps, calciné et démembré, celui de Nassim Loubani.
L'enquête révélera que les trois victimes, impliquées dans le trafic, connaissaient leurs assassins et s'étaient rendues à un guet-apens à Châteauneuf-les-Martigues, près de Marseille.
Tué à 22 ans, Brahim avait survécu la même année à deux tentatives d'assassinat.
Parmi les cinq accusés figurent Karim Harrat, qui aurait cherché à imposer sa suprématie sur le narcobanditisme marseillais, et Amine Oualane, devenu par la suite un des chefs présumés de la DZ Mafia. Ils nient toute implication.
- "Croiser le regard" -
"Chacun peut imaginer ce que ça représente pour une famille, un frère et une mère, de rentrer dans une salle d'audience et de croiser le regard de ceux qui probablement ont tué leur fils et frère", a dit à l'AFP Me Pierre-Olivier Sur, un des avocats de la famille Kessaci.
"Avec cette affaire, je pense qu'on a dépassé le seuil de cette violence qui était particulièrement connue des uns et des autres", avait expliqué avant le procès Soraya Slimani, une des avocates de la famille Kessaci.
Karim Harrat, surnommé "Rant", diminutif de Rantanplan, est accusé d'avoir été, depuis Dubaï, le commanditaire et le financier de l'opération.
Sur fond de luttes intestines, il aurait voulu éliminer les trois victimes qui perturbaient ses réseaux.
Amine Oualane, dit "Mamine", est accusé d'avoir été le relai principal sur le terrain et un des tueurs. Il était en cavale depuis plusieurs mois, après s'être échappé lors d'une permission.
Les deux hommes sont mis en cause dans plusieurs affaires d'assassinat ou tentatives d'assassinat, organisées pour certaines depuis la prison.
Le procès se déroule devant une cour d'assises composée uniquement de magistrats professionnels, en raison notamment des risques de pression sur des jurés.
Karim Harrat, extradé du Maroc vers la France en 2023, a déjà été condamné à dix ans de prison en janvier comme "donneur d'ordres principal" d'un réseau de stupéfiants.
En mars, il retrouvait Amine Oualane sur le banc des accusés pour un procès mouvementé à Aix-en-Provence, portant sur un double assassinat commis en 2019.
Accusé d'en avoir été le commanditaire, M. Harrat avait été condamné à 25 ans de réclusion. M. Oualane avait lui été acquitté.
Selon une source proche du dossier, "Mamine" est aussi une piste dans l'assassinat de Mehdi Kessaci.
P.al-Mahdi--BT