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L'acteur multi-primé Tony Leung sur l'IA et le cinéma: "Il n'y a aucune âme"
L'acteur multi-primé Tony Leung sur l'IA et le cinéma: "Il n'y a aucune âme" / Photo: © AFP

L'acteur multi-primé Tony Leung sur l'IA et le cinéma: "Il n'y a aucune âme"

L'une des beautés d'être acteur comme lui, c'est qu'on "ne joue jamais deux fois le même rôle", dit la superstar hongkongaise Tony Leung Chiu-wai.

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Pour autant, l'interprète du journaliste Chow Mo-wan dans In the Mood for Love (2000) laisse clairement percevoir dans un entretien avec l'AFP et le magazine américain The Hollywood Reporter qu'une chose devrait rester immuable: l'humain, alors que la technologie et l'intelligence artificielle (IA) impactent aussi le cinéma qu'il chérit tant.

Tony Leung Chiu-wai, 63 ans, présidait en juin le jury principal du Festival international du film de Shanghai qui s'est achevé dimanche. Il s'est longuement confié vendredi sur l'intelligence artificielle, sur le cinéma chinois et sur ses projets d'avenir.

"L'IA est une arme à double tranchant", dit-il. "Gagner du temps (grâce à elle), cela signifie aussi économiser beaucoup d'argent... Mais, en même temps, beaucoup de gens vont perdre leur emploi".

Ce sont les films grand public qui vont en profiter, présage-t-il. "Pas besoin de réfléchir. Pas de démarche créative. Ce n'est que du calcul".

Les cinéastes s'essaient de plus en plus aux nouveaux outils technologiques. Le festival de Shanghai a lancé cette année une initiative donnant un mois à des équipes sélectionnées pour réaliser des courts métrages assistés par l'IA.

- Super-méchant et Lion d'or -

Un film créé grâce à l'IA peut-il être considéré comme une véritable oeuvre d'art? Tony Leung Chiu-wai prend plusieurs secondes pour réfléchir.

"Mais il n'y a aucune âme", répond-il au bout du compte.

"Je ne crois pas. Je ne pense pas que ce soit de l'art. Non", renchérit-il.

Il se montre lucide devant la concurrence du streaming, des jeux vidéo et des contenus courts poussés par les algorithmes des réseaux sociaux. Il "déteste vraiment" regarder des films sur un téléphone et, pour lui, on ne devrait pas regarder les films ailleurs qu'au cinéma. "Quand j'étais enfant, je regardais des films dans de grandes salles, sur grand écran. Tout à l'air de rétrécir aujourd'hui".

Ses collaborations avec son compatriote Wong Kar-wai sont emblématiques de l'âge d'or de l'industrie cinématographique de Hong Kong dans les années 1980 et 1990. Icône du cinéma d'auteur asiatique, il a conquis Hollywood en incarnant un méchant dans la super-production Marvel "Shang-Chi et la Légende des dix anneaux" en 2021.

Il a reçu un Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise en 2023.

Le festival de Shanghai proposait cette année une rétrospective de ses oeuvres, mais il est "le genre d'acteur qui n'aime pas regarder ses anciens films", plaisante-t-il.

- "Acte de vérité" -

Il fut un temps où l'industrie cinématographique de Chine continentale était en phase d'apprentissage et s'inspirait de Hong Kong, dit-il. "Aujourd'hui, ils ont une façon de faire des films qui leur est propre parce qu'eux seuls connaissent la culture et les subtilités locales".

Il avoue ne pas très bien connaître la scène cinématographique de Chine continentale. Mais il note la vitalité de l'animation et des petites productions. Elles permettent d'expérimenter sans prendre de risques financiers majeurs, ce qui est bon pour l'industrie cinématographique dans son ensemble, dit-il. "En même temps, il faudrait peut-être assouplir un peu la censure pour favoriser une plus grande diversité de films et avoir moins de contraintes créatives".

Un arbre ginkgo joue un rôle central dans son dernier film, "Silent Friend", ses premiers pas dans une production entièrement européenne.

"Cela a vraiment changé ma façon de regarder les plantes". Son visage expressif s'illumine quand il explique la mycorhization, l'association symbiotique entre les champignons et les racines des plantes. Il croit "que les plantes possèdent une forme d'intelligence".

Il raconte en riant que le tournage du film a été "assez chaotique". L'équipe a trouvé "une harmonie" comparable à une "danse commune", sans directives précises et en laissant place à l'improvisation. "Quand je l'ai vu pour la première fois (...) je me suis dit: waouh. Après le montage, le résultat est tellement différent", relate-t-il.

Il mène actuellement trois projets de front: un film avec le réalisateur hongkongais Johnnie To, une production qui se déroule en Inde et une série destinée au streaming.

Le facteur déterminant pour lui est le réalisateur, "le type d'histoire ou le genre importe peu". "J'aime leurs films ou j'aime la personne, c'est comme ça que je choisis mes projets".

Il indique avoir changé d'approche pour atteindre la perfection dans ses rôles. "Le cinéma est un acte de vérité qui ne se joue pas à l'écran, mais dans le coeur et les tripes du spectateur". "Si l'on est authentique, c'est ça qu'il faut viser, pas la perfection".

U.al-Sulaiti--BT