Des étudiants en médecine afghans au Pakistan dans l'angoisse d'une expulsion soudaine
Empêchées de poursuivre leurs études de médecine par les autorités talibanes, de jeunes Afghanes avaient pu être admises au Pakistan. Mais comme d'autres étudiants afghans, elles sont menacées d'une expulsion soudaine et attendent avec angoisse une audience vendredi.
Début septembre, le Conseil pakistanais des médecins et dentistes (PMDC) a rappelé aux facultés qu'en vertu selon lui "de directives nationales", "les étudiants afghans inscrits dans des études médicales ou dentaires doivent rentrer en Afghanistan", leur donnant quelques jours pour les exclure de l'université sous peine de sanctions.
Une mesure jugée "arbitraire et discriminatoire" par Amnesty International. Human Rights Watch a appelé les autorités pakistanaises à "annuler cette décision" qui "menace la sécurité" des femmes afghanes.
"Nous venions juste de rentrer de l'Université pour déjeuner quand nous avons reçu une notification disant que nous devions rentrer dans notre pays et tout laisser", raconte dans un appel avec l'AFP à Kaboul une des étudiantes âgée de 23 ans, en deuxième année de médecine au Pakistan. Elle tait son nom pour des raisons de sécurité.
"Je me suis dit +Oh mon Dieu! La même chose qui nous est arrivée à nous les filles en Afghanistan, se passe dans un autre pays."
Elle qui a choisi médecine "parce que soigner une personne équivaut à soigner l'humanité" avait dû arrêter d'étudier quand le gouvernement taliban a interdit les universités aux femmes en 2022. "Mais je n'ai pas abandonné."
Sur 30.000 postulants, elle raconte comment elle fut parmi la vingtaine d'Afghanes lauréates d'une bourse au Pakistan pour étudier la médecine après avoir passé tests et entretiens.
Que fera-t-elle si elle est renvoyée? "Mon parcours difficile m'a appris que la tristesse ne nous apporte rien, donc je ne veux pas penser à ça maintenant", car son rêve d'être médecin serait anéanti.
Elle fonde ses derniers espoirs sur une décision d'un tribunal de Lahore (est) qui examine vendredi le recours de dizaines d'étudiants afghans contre leur renvoi de l'université. Le 11 septembre, un juge avait suspendu l'expulsion et ordonné qu'ils poursuivent leurs études.
"L'ordre du PMDC est général et n'a laissé la chance à personne de dire pourquoi il ne devait pas être expulsé", souligne auprès de l'AFP l'un des avocats, Asad Jamal.
"Si la Haute Cour de Lahore estime que cette décision est illégale, cela aura des implications dans tout le pays", estime-t-il alors que des recours ont été déposés dans d'autres provinces, dont l'un rejeté au Baloutchistan (ouest).
Contacté par l'AFP, le PMDC n'a fait aucun commentaire.
- Tout perdre "en quelques minutes" -
Mubin Ulfati, 24 ans, en dernière année de médecine à Lahore a, lui, appris qu'il devait quitter l'université et le Pakistan en 24 heures en sortant de l'hôpital où il était en cours.
"Comme étudiant en médecine, on est habitué à gérer des nouvelles choquantes, mais là c'était comme si on perdait tout en quelques minutes", témoigne-t-il par téléphone. "Toutes les images de mes études ont défilé comme quand un patient voit sa vie avant de mourir."
L'inquiétude ne le quitte plus dans l'attente de l'audience, même si comme d'autres, il loue le soutien reçu par leurs collègues et professeurs pakistanais.
"Nous sommes victimes" d'une situation politique, regrette-t-il.
Les relations entre le Pakistan et l'Afghanistan sont tendues et ont viré en guerre ouverte au début de l'année. Islamabad accuse son voisin d'abriter des insurgés ayant commis des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que le gouvernement taliban dément.
Depuis, 2023, le Pakistan a aussi massivement renvoyé des Afghans, dont certains réfugiés depuis des années. Plus de 2,5 millions sont revenus en Afghanistan, la plupart de manière forcée, selon l'ONU.
Aujourd'hui, la délivrance des visas pour les Afghans est quasi "stoppée" et pas uniquement en médecine, affirme Ihsan Ullah Ahmadzai, étudiant en relations internationales à Islamabad qui attend un renouvellement depuis mars.
"Nous sommes étudiants en médecine, nous ne faisons pas de politique", plaide un interne afghan en ophtalmologie.
Comme d'autres, il a été expulsé avant même le dernier ordre du PMDC car sans réponse quant au renouvellement de son visa. Interrompu en pleine opération d'un patient, il a été expulsé vers l'Afghanistan en deux jours.
"Laissez-nous juste finir nos études", demande-t-il au Pakistan, "et nous rentrerons chez nous exercer".
P.al-Abdulla--BT