L'UE veut renforcer Frontex et élargir ses pouvoirs d'expulsion de migrants
Augmenter le nombre d'agents, élargir ses pouvoirs en matière d'expulsions de migrants: Bruxelles a proposé mardi une vaste réforme de Frontex, l'agence européenne chargée de la surveillance des frontières.
Cette proposition s'inscrit dans un net tour de vis migratoire opéré par l'UE au cours des dernières années.
"C'est à l'Europe de décider qui entre dans notre Union et dans quelles circonstances. C'est la raison pour laquelle nous proposons de renforcer Frontex", a ainsi plaidé la cheffe de l'exécutif européen, Ursula von der Leyen, dans un communiqué.
Créée en 2004, cette agence a été pensée pour aider les pays de l'UE et de l'espace Schengen à protéger leurs frontières extérieures.
Ses compétences ont été largement étendues une première fois, après la crise migratoire de 2015, une réforme tablant sur une hausse de ses effectifs à 10.000 gardes-frontières et gardes-côtes à l'horizon 2027.
L'agence est régulièrement vilipendée par les ONG, qui l'accusent de pratiques de refoulements illégaux de migrants.
- Jusqu'à 30.000 agents -
La réforme proposée mardi doit élargir encore ses prérogatives.
L'UE désormais souhaite que:
- Ce corps européen passe d'ici les quinze prochaines années à 30.000 gardes-frontières, dont une réserve de 17.000 agents, à la disposition des Etats membres.
- L'agence soit plus agile et puisse déployer des agents plus rapidement en cas de crise. Bruxelles a à l'esprit la crise migratoire survenue fin juillet 2026 à Ceuta à l'esprit, quand des milliers de migrants ont forcé le passage dans une enclave espagnole d'Afrique du Nord et que l'agence a tardé à être mobilisée.
- Elle joue un rôle central dans l'expulsion de migrants. L'UE ouvre notamment la porte à ce que Frontex soit impliqué dans les futurs centres pour migrants expulsés d'Europe, qui devraient voir le jour au cours des prochains mois.
Ces "hubs de retour" ont été imaginés en lien avec la Commission européenne, il y a un an et demi, afin d'accroître significativement le nombre de renvois hors du territoire européen d'exilés en situation irrégulière.
Le premier de ces centres devrait ouvrir au cours des prochains mois, au Rwanda, ont indiqué des sources concordantes à l'AFP.
En vertu d'un accord attendu dans les prochaines semaines, des déboutés de l'asile dans cinq pays européens -- l'Allemagne, le Danemark, la Grèce, les Pays-Bas et l'Autriche -- devraient bientôt être envoyés dans un "hub" de ce pays d'Afrique de l'Est.
Selon le projet de réforme de Frontex, l'agence pourra notamment être en charge de transférer des migrants d'un pays à l'autre, en dehors de l'UE.
Cette proposition doit désormais être validée par les Etats membres, nombreux à l'avoir plébiscitée, et par le Parlement européen. Elle est vivement critiquée par la gauche et les ONG.
"Face à aux drames humains qui se multiplient, la réponse est toujours la même: toujours plus de répression, toujours plus de déshumanisation des personnes exilées, toujours plus de mimétisme des discours de l'extrême droite", a déploré l'eurodéputée écologiste Mélissa Camara.
I.al-Buarki--BT