Bahrain Telegraph - Le FMI prêt à agir face au choc El Niño et vigilant sur le boom de l'IA (entretien à l'AFP)

Euronext
AEX -0.94% 1117.75 €
BEL20 -0.76% 5527.87 €
PX1 -1.22% 7769.21 €
ISEQ -0.87% 14344.11 €
OSEBX -0.76% 2043.68 kr
PSI20 -0.92% 9333.76 €
ENTEC -0.41% 1416.23 €
BIOTK 0.01% 4400.22 €
N150 -0.99% 4160.98 €
Le FMI prêt à agir face au choc El Niño et vigilant sur le boom de l'IA (entretien à l'AFP)
Le FMI prêt à agir face au choc El Niño et vigilant sur le boom de l'IA (entretien à l'AFP) / Photo: © AFP

Le FMI prêt à agir face au choc El Niño et vigilant sur le boom de l'IA (entretien à l'AFP)

Le Fonds monétaire international "se prépare à soutenir" les pays "vulnérables" face au phénomène météorologique El Niño, susceptible de menacer la sécurité alimentaire, et guette les risques de déstabilisation financière si l'euphorie sur l'IA se fissure, a indiqué à l'AFP sa directrice générale Kristalina Georgieva.

Taille du texte:

"Nous sommes très préoccupés par El Niño, d'une intensité supérieure à la moyenne, nous nous inquiétons pour la sécurité alimentaire", a-t-elle indiqué lors d'un entretien à Singapour mercredi.

El Niño provoque déjà des conditions climatiques extrêmes: en Amérique centrale, une sécheresse provoque champs arides, récoltes en baisse et pertes de bétail. En Inde, de fortes perturbations de la mousson compromettent les cultures...

"Nous craignons les pressions inflationnistes du fait de la hausse du coût des denrées alimentaires (...) Nous nous préparons à soutenir les pays vulnérables si la situation devait les frapper durement, c'est notre rôle d'offrir un filet de sécurité face aux chocs exogènes", assure-t-elle.

"Je suis consciente que pour certains de nos membres, il pourrait s'avérer nécessaire de recourir à des financements extérieurs", a-t-elle ajouté, notant la "combinaison" d'El Niño avec la flambée des prix énergétiques due à la guerre au Moyen-Orient.

Si une partie des pays d'Asie ou d'Afrique résistent, "les pays insulaires du Pacifique, des nations plus vulnérables comme le Bangladesh et des pays plus pauvres comme le Laos se trouvent dans une situation beaucoup plus critique" tout comme certaines régions du continent africain, s'inquiète-t-elle, appelant à une coopération internationale "coordonnée".

-"Inabordable"-

Alors que le conflit dans le Golfe perdure et que l'hiver approche dans l'hémisphère nord, le FMI met en garde les gouvernements contre une politique trop généreuse de subventions énergétiques.

"Nous avons traversé une série de chocs: pandémie de Covid, guerre en Ukraine, choc inflationniste, hausse brutale des taux d'intérêt et, désormais, le choc énergétique. À chaque fois, les gouvernements sont venus en aide aux ménages et entreprises en recourant à l'emprunt et en creusant le déficit", rappelle Kristalina Georgieva.

Or, "cette situation n'est plus tenable: les taux d'intérêt ont grimpé, tout comme les coûts d'emprunt. Cela devient inabordable" pour des pays à l'endettement record, prévient-elle, appelant à un "ciblage encore plus resserré" des aides.

Pour elle, les banques centrales, qui relèvent drastiquement leurs taux directeurs pour contrer la flambée des prix, ont un rôle-clé pour juguler l'inflation, "cet impôt qui pèse le plus lourdement sur les ménages les plus modestes".

Certes, ce durcissement monétaire "ne favorise pas la croissance et doit être mené avec une grande prudence. Mais si l'on ne réagit pas, l'inflation ne peut que grimper et lorsqu'elle échappe à tout contrôle, elle risque de devenir la menace majeure pour la population", explique-t-elle.

-"Assainissement budgétaire"-

Point positif face au choc énergétique, le boom de l'intelligence artificielle (IA), via les investissements colossaux qu'il génère, dope la croissance mondiale... et fait s'envoler Wall Street et les Bourses asiatiques, où les valeurs tech flambent.

Certes, le FMI voit dans l'IA un puissant moteur pour l'économie du globe, susceptible de générer jusqu'à un demi-point de pourcentage de croissance mondiale supplémentaire par an.

Mais il surveille aussi les risques: "un ralentissement dans ce secteur se ferait sentir à l'échelle mondiale. Une perte de confiance entraînant un désengagement financier vis-à-vis de l'IA pourrait engendrer des risques pour la stabilité financière", observe Mme Georgieva.

Autre danger sur le radar du Fonds: les tensions sur le marché de la dette, où les rendements des obligations souveraines des Etats-Unis, du Japon et des pays européens --notamment la France, sur fond de discussions budgétaires complexes-- flambent de concert.

Plusieurs facteurs interviennent: l'inflation, les perspectives de relèvement des taux directeurs des banques centrales, et les levées de dette massives des géants de l'IA qui concurrencent les émissions des Etats.

Mais pour Kristalina Georgieva, le manque de discipline budgétaire d'Etats dont la dette publique et le déficit ne cessent d'enfler est un élément-clé.

Pour les gouvernements, "il convient de chercher à réduire sa dette, afin d'abaisser le coût de l'emprunt, et de réfléchir aux moyens d'inspirer confiance aux marchés obligataires. Qu'attendent ces derniers? Un signal indiquant l'existence d'un plan d'assainissement budgétaire à moyen terme", résume-t-elle.

"Ils veulent l'assurance que la dette publique ne va pas gonfler indéfiniment. Il ne s'agit pas nécessairement de mettre ce plan en œuvre immédiatement, mais d'offrir une visibilité claire sur une réduction progressive de la dette, en montrant qu'on se préoccupe du déficit", insiste-t-elle.

L.al-Fardan--BT