Sortir du gaz sans augmenter les factures, pour les HLM, la difficile quête de la bonne formule
Face aux crises géopolitiques qui font flamber les prix des énergies fossiles, l'État veut s'émanciper des coûteuses importations de gaz, mais dans les logements HLM le passage à l'électricité risque de peser sur les locataires et pousse les bailleurs à préférer d'autres solutions.
Dans l'est parisien, la chaufferie des 400 logements sociaux d'une résidence de la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) va connaître un chamboulement : une nouvelle résistance, électrique, va être installée pour chauffer l'eau des douches et des cuisines.
Jusqu'ici, trois chaudières à gaz assuraient le chauffage et l'eau chaude sanitaire des bâtiments.
Le principe de la nouvelle installation n'est pas de fournir l'intégralité de l'eau chaude via le dispositif électrique mais de "rendre le système hybride pour choisir l'énergie la moins chère au bon moment", explique à l'AFP Thomas Tirtiaux, patron d'Elax Energie qui a conçu cette solution pilotable.
L'intérêt : faire profiter au bailleur des meilleurs prix de l'électricité sur les marchés de gros.
Le prix de l'électricité dépend de la quantité produite disponible et celle réellement utilisée au même moment. Lorsque la production est supérieure à la consommation, comme aux beaux jours quand l'énergie solaire, en plein essor, est abondante, les prix de l'électricité peuvent être négatifs.
En revanche, l'électricité peut être plus chère que le gaz dans les périodes où les besoins en énergie sont élevés, comme en hiver.
L'objectif d'Elax est de basculer 50 % des besoins en énergie liés à l'eau chaude vers l'électricité, ce qui permettrait d'économiser 400 kg de CO² par logement par an - l'équivalent des émissions de la fabrication de 5 smartphones.
Pour les locataires, l'économie estimée est de 40 à 60 euros par an par logement.
L'expérimentation de ce système hybride est menée dans quatre résidences du bailleur public RIVP, pour un total de 1.000 logements, et pourrait être généralisé selon les résultats.
Le dispositif ne concerne que la production d'eau chaude, le chauffage restant assuré par les chaudières au gaz.
- "Plus cher" -
Le gouvernement français a fixé, dans son plan d'électrification annoncé en avril, l'objectif de sortir du gaz 2 millions de logements sociaux d'ici à 2050. Plébiscité dans les années 1980, après les chocs pétroliers, le gaz est utilisé pour chauffer 55% des logements HLM.
"Basculer chauffage et eau chaude sanitaire vers l'électricité était plus cher" que les dépenses énergétiques actuelles, affirme Simon Molesin, directeur du patrimoine de la RIVP.
"On a voulu trouver un compromis et préserver le pouvoir d'achat des locataires", ajoute-t-il, assurant que de manière générale "la conversion vers du 100% électrique est difficile" et risquerait de faire bondir les factures.
Cet avis est partagé par d'autres bailleurs HLM, comme Franck Nicol, directeur de Val Touraine Habitat, "persuadé que l'électricité à 100% n'est pas la solution et alourdirait les charges pour les locataires".
Il préfère des solutions "au cas par cas, en fonction du bâtiment" : pompe à chaleur hybride, panneaux photovoltaïques, hydrogène, gaz vert issu de l'agriculture, réseau de chaleur urbain...
Chez Gironde Habitat, Rémi Poujardieu, responsable de la gestion du patrimoine, préfère l'idée d'un "mix énergétique" et rappelle qu'"une partie de nos équipements au gaz sont récents" et donc plutôt performants.
L'une des options qui fait son chemin parmi les organismes HLM est la production d'énergie solaire consommée directement sur place "en autoconsommation".
Chez Gironde Habitat, des panneaux alimentent les parties communes d'un immeuble bordelais et le bailleur départemental convertit petit à petit les locataires.
Pour faciliter la production d'énergie renouvelable dans le secteur HLM, l'Union sociale pour l'habitat (USH) qui fédère les bailleurs sociaux, a d'ailleurs lancé fin 2025 une "alliance" pour "identifier les leviers et lever les obstacles". Ses recommandations seront présentées en décembre.
"Il faut qu'on ait toujours à cœur d'amener des solutions, sur l'énergie ou d'autres sujets, qui répondent à des enjeux sociaux et ne vont pas mettre nos locataires en difficulté", a rappelé Emmanuelle Cosse, présidente de l'USH, lors du congrès HLM en septembre.
"Les locataires qui paient les factures d'énergie les plus chères sont ceux qui ont des chauffages individuels électriques", donne comme exemple, à ne pas reproduire, Simon Molesin. Chez ces ménages, "on voit du non-chauffage, ils n'allument pas les radiateurs".
P.al-Abdulla--BT