Présidentielle: les Péruviens votent dans un duel très serré pour leur neuvième président
Les Péruviens votent dimanche pour élire leur président, le neuvième en dix ans, dans un scrutin très serré entre la conservatrice Keiko Fujimori et le candidat de gauche Roberto Sanchez, sur fond de désillusion politique et d'exaspération face à la criminalité.
Les derniers sondages plaçaient les deux candidats au coude-à-coude. Aucun n'a suscité un large soutien au premier tour, où ils ont recueilli ensemble moins de 30% des voix.
"Nous avons un candidat Sanchez, qui ne nous garantit rien, et Keiko, qui traîne un lourd passé", a déclaré à l'AFP Carlos Altamirano, ingénieur en mécanique de 49 ans, en votant dans un quartier populaire de Lima.
Keiko Fujimori, 51 ans, fille de l'ancien président Alberto Fujimori, qui a dirigé le pays d'une main de fer dans les années 1990, brigue la présidence pour la quatrième fois consécutive.
Elle revendique l'héritage contrasté de son père, crédité par ses partisans d'avoir stabilisé l'économie et vaincu les guérillas des années 1980 et 1990, mais condamné pour corruption et crimes contre l'humanité.
Aux cris de "Keiko présidente!" la candidate de droite a voté dans l'est de Lima, où son rival a également déposé son bulletin un peu plus tard. "Nous avons beaucoup d'espoir", a-t-il déclaré.
Roberto Sanchez, ancien ministre de 57 ans, se présente pour la première fois, porté par un fort soutien dans les régions andines qui s'estiment délaissées par le pouvoir central de Lima.
Sans que cela n'affecte le second tour, un juge l'a renvoyé devant la justice pour de présumées irrégularités financières au sein de son parti.
Quel que soit le vainqueur dimanche, il héritera d'un pays plongé dans une crise politique persistante qui a vu se succéder huit présidents depuis 2016.
"Nous avons dû choisir le moindre mal. L'histoire se répète. Nous sommes dans une crise qui dure depuis plus d'une décennie", a déclaré Renzo Masa, étudiant de 23 ans, après avoir voté à Lima.
"L'antifujimorisme reste fort, même s'il s'est affaibli, et Sanchez demeure largement méconnu. Si l'écart est très serré, le vainqueur risque de voir sa légitimité contestée, ce qui pourrait alimenter davantage l'instabilité", estime l'analyste David Sulmont.
- "Beaucoup de désordre" -
L'insécurité constitue l'autre grande préoccupation des électeurs. Près de 70% des Péruviens espèrent que la lutte contre la criminalité sera la priorité du futur président, selon un récent sondage.
Lima a enregistré 23 homicides pour 100.000 habitants en 2025, soit trois fois plus que cinq ans plus tôt. L'extorsion touche particulièrement le secteur des transports. Au moins 75 chauffeurs de bus ont été assassinés en 2025, principalement à Lima.
"Un passager monte et il peut te tirer dessus par derrière", explique Jacob Condor, chauffeur de bus de 33 ans.
La candidate de droite promet de déployer l'armée en soutien à la police, de démanteler les réseaux d'extorsion et d'expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits.
Elle se présente comme la candidate de la prospérité et met en garde contre le danger du "communisme". "Nous représentons le progrès, eux le recul", a-t-elle récemment lancé.
Roberto Sanchez défend une approche différente. Selon lui, la lutte contre la criminalité passe d'abord par le rétablissement de la confiance dans les institutions, le renforcement du système judiciaire et une réforme de la police.
Dimanche, "le peuple se lèvera pour réclamer la démocratie, les droits humains, la justice sociale et la paix sociale", a-t-il lancé lors de son dernier meeting, coiffé du chapeau paysan offert par l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, dont il revendique l'héritage politique.
L'ancien instituteur est emprisonné depuis sa tentative avortée de dissoudre le Parlement en 2022. Roberto Sanchez a promis de le gracier s'il l'emporte.
Initialement soutenu par des mouvements ultranationalistes, Roberto Sanchez a recentré son discours au fil de la campagne, insistant sur le consensus, la stabilité et le respect des institutions.
Près de 27 millions de Péruviens sont appelés aux urnes dans un pays où le vote est obligatoire. Les bureaux de vote doivent fermer à 17H00 locales GMT (22H00 GMT). Le prochain prendra ses fonctions le 28 juillet.
L.al-Hashemi--BT