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Özgür Özel, le visage d'une opposition turque combative
Özgür Özel, le visage d'une opposition turque combative / Photo: © AFP

Özgür Özel, le visage d'une opposition turque combative

Moins charismatique que le populaire maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, mais orateur et tribun opiniâtre, Özgür Özel qui vient de lancer le "Nouveau Parti" d'opposition au président Recep Tayyip Erdogan, a fait la preuve de son courage politique en prenant la relève de l'édile stambouliote emprisonné.

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Destitué sur décision de justice le 21 mai au profit de son prédécesseur, le très contesté Kemal Kiliçdaroglu, candidat malheureux à la présidence en 2023, le quinquagénaire a jeté l'éponge et quitté le CHP, parti historique du père de la République turque, Mustafa Kemal, entrainant avec lui 91 députés.

Son "Nouveau Parti", né au terme d'une année de défis et de pressions constantes, est désormais la première force d'opposition parlementaire face à un CHP étiolé, d'une quarantaine de députés.

Malgré les vagues d'arrestations qui ont visé son camp et le CHP qu'il présidait depuis novembre 2023, Özgür Özel, 51 ans, a multiplié les rendez-vous avec la base, sillonnant le pays de meetings en manifestations.

Dès le soir de l'arrestation d'Ekrem Imamoglu le 19 mars 2025, le quinquagénaire galvanise la foule venue protester devant l'hôtel de ville d'Istanbul contre l'interpellation du maire, à cinq jours de son investiture comme candidat du parti à la prochaine présidentielle prévue en 2028.

- "Coup d'état" -

Dénonçant un "coup d'Etat", Özgür Özel entraîne une semaine durant des dizaines de milliers de protestataires dans les rues d'Istanbul, d'Ankara, la capitale, et de nombreuses villes du pays, fédérant la colère bien au-delà des rangs du CHP.

"Gouvernement, démission!", "Nous allons renverser le sultan!": chaque soir, les manifestants bravent les gaz lacrymogènes de la police devant la mairie d'Istanbul pour l'écouter.

La cote du pharmacien explose. Deux ans après avoir été élu président du CHP, il est confirmé à sa tête en avril 2025 lors d'un congrès extraordinaire par la quasi-totalité des votes exprimés (1171 sur 1276).

Né le 21 septembre 1974 à Manisa sur la côte égéenne (ouest), ce fils de professeurs est élu député de Manisa en 2011, un fief kémaliste traditionnel, et prend rapidement la tête du groupe CHP au parlement.

Son franc-parler et son expression directe et incisive le font remarquer.

"Ce n'est peut-être pas un orateur charismatique, mais il est éloquent, articulé, très critique envers le gouvernement et cette stratégie fonctionne", commente Berk Esen, professeur de sciences politiques à l'université Sabanci, à Istanbul.

En mai 2023, la défaite du CHP à la présidentielle plonge le parti dans la crise.

Ekrem Imamoglu, menacé d'une peine de prison pour "insulte" aux membres du Haut comité électoral, n'a pu se présenter et a dû céder la place à Kiliçdaroglu.

Six mois plus tard, le congrès du parti écarte le candidat malheureux et porte Özel à sa tête.

- Division des tâches -

Avec Imamoglu, qui le soutient, l'entente est solide. Jamais Özel n'a fait défaut au champion du parti qui comparaît depuis mars, accusé d'avoir dirigé un vaste réseau criminel - ce qu'il réfute.

A chaque audience majeure de l'édile, qui encourt 2.430 années de prison, Özel est dans la salle et dénonce "une mise en scène factice qui n'essaie même pas de singer un tribunal".

"Les deux hommes avancent ensemble avec une même vision du pouvoir, qui prévoit un rôle renforcé du parlement", soulignait l'an dernier l'avocat Ahmet Kiraz, proche du CHP.

En mars 2024, la victoire écrasante du CHP aux municipales signe le début d'une répression accrue contre l'opposition. Le Parti non seulement conserve Istanbul et la capitale Ankara, mais emporte aussi des capitales provinciales d'Anatolie jusqu'alors chasses gardées d'Erdogan et du parti AKP.

Dès lors, le CHP est dans le viseur de la justice, jusqu'à l'arrestation d'Imamoglu suivie de centaines d'autres.

Quand Kiliçdaroglu le remplace par décision de justice, en mai, Özgür Özel dénonce une manœuvre du gouvernement destinée à faciliter la victoire de l'AKP et d'Erdogan aux prochaines élections, prévues en 2028.

"L'AKP sait qu'il ne peut plus remporter d'élections démocratiques. Il sait que le peuple turc ne veut plus de lui", martèle-t-il.

T.al-Wazzan--BT