Budget 2027 : le débat s'ouvre dans l'hémicycle, la dette et la présidentielle dans les esprits
Le gouvernement a ouvert mardi soir les débats sur le budget de l'Etat pour 2027, martelant son objectif d'un déficit à 5% du PIB l'an prochain, condition préalable selon lui à tout "compromis" avec les oppositions très critiques de la copie gouvernementale.
"Il nous faut un budget d'ici la fin de l'année", a martelé mardi soir à la tribune Roland Lescure, ministre de l’Économie, ouvrant les débats sur la partie "recettes" du texte.
Défendant "43 milliards de mesures nouvelles" d'effort, le ministre a assuré être prêt au "compromis" avec les forces politiques, mais "à condition" de respecter la cible de déficit à 5% du PIB.
"C'est un budget de sauvegarde pour que le pays ne parte pas dans le décor", a insisté dans la foulée son collègue des Comptes publics David Amiel, insistant sur le poids de la charge de la dette, et la crainte d'une crise financière.
Les interventions des ministres semblaient d'ailleurs s'adresser autant aux parlementaires qu'aux marchés financiers, Roland Lescure se voulant rassurant sur les "atouts énergétiques, technologiques et financiers" de la France, et ses banques "parmi les meilleures et les mieux capitalisées de la zone euro".
- La dette dans toutes les bouches -
Toujours est-il que la copie a été accueillie par des critiques acerbes des oppositions. "Ce gouvernement est incapable de baisser structurellement la dépense", a estimé à la mi-journée le député RN Jean-Philippe Tanguy.
Président LFI de la commission des Finances, Eric Coquerel a, lui, critiqué un "catastrophisme organisé" autour de la dette, "censé faire avaler la pilule austéritaire", et accusé le gouvernement d'attaquer "tous les services publics", avec un risque "récessif".
L'an dernier, Sébastien Lecornu avait eu recours au 49.3 pour faire passer le budget de l'Etat, après avoir noué un compromis avec le PS pour éviter la censure, mais au prix d'une suspension de la réforme des retraites.
Cette année, le parti à la rose semble nettement moins enclin à la non-censure, estimant que le gouvernement n'a montré "aucune inflexion" envers eux cette année, notamment sur "la mise à contribution des plus riches et la préservation des plus modestes".
Dans la matinée de mardi, Sébastien Lecornu avait adressé une réponse par courrier aux chefs de groupe et à la direction du PS, leur proposant d'avancer avec les socialistes sur au moins trois chantiers : les "violences faites aux femmes et protection des enfants", l'"agriculture", et "la jeunesse et l'avenir de notre école".
- Le RN peu enclin à censurer ?
Pas convaincu à ce stade, le PS, qui estime que le gouvernement se tourne davantage vers l'extrême droite, défendra mardi soir une motion de rejet du texte. En cas d'adoption, elle vaudrait renvoi immédiat du texte vers le Sénat.
Une hypothèse rendue caduque par l'annonce du RN qu'il voterait contre.
Mais en tout état de cause, le gouvernement a peu d'espoir de faire voter son budget dans des conditions classiques.
Car pour atteindre sa cible de déficit, l'exécutif n'a pas été avare de mesures d'économies parfois clivantes jusque dans son camp.
Il entend notamment mettre à contribution les retraités, par une sous-indexation des pensions au-dessus de 1.256 euros dans le budget de la Sécurité sociale, et une réduction du périmètre de l'abattement de 10% sur l'impôt sur le revenu dont bénéficient les retraités dans le budget de l'État.
"Les marchés financiers ont besoin de sentir que quoi qu'il arrive on va finir à 5% (...), les débats parlementaires, tout le monde s'en fout, comme tout le monde s'est dit qu'à la fin, ça se terminera par un 49.3 ou des ordonnances", estime une source au sein de l'exécutif.
Les socialistes, eux, estiment que le gouvernement fait des clins d'œil à l'extrême droite - ce dont il se défend - en proposant un délai de "carence" pour le versement de certaines allocations aux étrangers.
Marine Le Pen (RN) a dit préférer l'adoption d'un budget, même "imparfait", estimant qu'elle arriverait à le modifier en profondeur en cas de victoire à la présidentielle. Sans rassurer certains cadres macronistes : "Si la contestation sociale s'amplifie (...), le RN pourrait la rejoindre" en censurant, s'inquiète l'un d'eux.
M. Lecornu pourrait aussi recourir aux ordonnances budgétaires, jamais utilisées, mais permettant de passer le budget sans aucun vote. Il faudrait toutefois attendre le 18 décembre, après 70 jours d'examen.
G.al-Sharif--BT