Journaliste arrêté par Moscou : Tokyo demande des explications à la Russie
Tokyo a formulé une "vive protestation" mercredi auprès de l'ambassadeur russe au Japon après l'arrestation d'un journaliste nippon par Moscou sur des soupçons d'espionnage, dans un contexte de fortes tensions entre les deux pays.
La Russie a annoncé mardi cette arrestation sur l'île de Sakhaline, dans l'extrême-est, d'un journaliste travaillant pour le quotidien régional Hokkaido Shimbun.
Le ministère des Affaires étrangères japonais a, dès mercredi, convoqué l'ambassadeur de Russie à Tokyo, Nikolay Nozdrev, et "a formulé une vive protestation à l'encontre de la partie russe pour avoir placé ce ressortissant japonais en détention et publié des déclarations unilatérales à ce sujet, alors que le gouvernement japonais n'a pour l'instant reçu aucune explication concernant le ressortissant détenu", a indiqué le ministère dans un communiqué.
La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, avait identifié ce journaliste comme étant Yuki Imai, et précisé qu'il était accrédité auprès du ministère des Affaires étrangères. Il est accusé d'avoir "mené des activités d'espionnage sur le territoire" russe, a-t-elle ajouté.
Selon le FSB (Service fédéral de sécurité), il lui est reproché d'avoir collecté des informations relatives à la "capacité de défense de la Russie" pour les utiliser contre la sécurité nationale.
Le Kremlin, par l'intermédiaire de son porte-parole, Dmitri Peskov, a affirmé mercredi que le "FSB fait son travail. S'il y a des espions, ils seront attrapés".
L'homme a été placé en détention provisoire jusqu'au 12 décembre, ont rapporté des médias russes.
- "exercice du journalisme" -
"Les tentatives de Tokyo d'utiliser ses correspondants présents en Russie et bénéficiant du statut de journalistes étrangers pour collecter des informations dans le but de porter atteinte à la sécurité de notre État sont regrettables", a déclaré Mme Zakharova, affirmant que ce n'était "pas un cas isolé".
"Cet incident constituera un facteur supplémentaire venant assombrir le climat des relations russo-japonaises", a-t-elle encore dit.
Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a affirmé que "l'ambassade du Japon à Moscou et le consulat général à Ioujno-Sakhalinsk avaient adressé une demande d'information rapide auprès des autorités russes, ainsi que de prise en compte humanitaire et d'un traitement juste et impartial" de la personne arrêtée.
Le journal Hokkaido Shimbun a indiqué dans un communiqué qu'il avait pris connaissance de l'annonce des autorités russes, mais qu'il était "encore en train de vérifier les détails". "Assurer la sécurité du journaliste est notre priorité absolue et nous prenons les mesures nécessaires en conséquence", a-t-il ajouté.
Reporters Sans Frontière (RSF) a, de son côté, exprimé "sa vive inquiétude".
Yuki Imai "est accusé d'espionnage et risque jusqu'à 20 ans de prison... RSF alerte sur le risque de criminalisation du travail journalistique et rappelle que la collecte d'informations d'intérêt public, y compris sur des questions militaires, relève de l'exercice du journalisme et ne saurait, à elle seule, être assimilée à de l'espionnage", ajoute RSF dans un communiqué transmis à l'AFP.
- contexte de tensions -
Cette affaire survient dans un contexte de vives tensions dans les relations russo-japonaises, liées notamment au statut de quatre îles dans l'Extrême-Orient dont s'est emparée l'armée soviétique en 1945.
En août, le président russe, Vladimir Poutine, s'est rendu pour la première fois dans le sud de l'archipel des Kouriles, où se trouvent ces îles, une visite jugée "absolument inacceptable" par le Japon qui les revendique.
Appelées "Kouriles du Sud" par la Russie et "Territoires du Nord" par le Japon, ces îles font partie de la région russe de Sakhaline (Extrême-Orient russe).
Mais, pour le Japon, elles dépendent toujours du département insulaire de Hokkaido, comme avant la Deuxième Guerre mondiale, et sont "illégalement occupées par la Russie".
Moscou avait reproché à Tokyo de "formuler des revendications absurdes" et insisté sur le fait que "la souveraineté et la juridiction de la Russie sur ces îles ne (faisaient) aucun doute".
Le Japon a durci le ton à l'égard de la Russie depuis le déclenchement de l'offensive russe de vaste ampleur en Ukraine en 2022 et pris des sanctions contre Moscou.
J.al-Hashimi--BT