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Fatalité ou négligences ? Au procès Maradona, l'heure des réquisitions et plaidoiries
Fatalité ou négligences ? Au procès Maradona, l'heure des réquisitions et plaidoiries / Photo: © AFP/Archives

Fatalité ou négligences ? Au procès Maradona, l'heure des réquisitions et plaidoiries

Succession de négligences coupables, ou issue inéluctable d'un déclin physique entamé de longue date ? Après bientôt six mois et 45 audiences, le procès sur la mort en 2020 de Diego Maradona entre dans sa dernière ligne droite, avec les réquisitions et plaidoiries à partir de jeudi.

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Maradona était en convalescence dans une résidence privée de Tigre (nord de Buenos Aires), après une neurochirurgie bénigne, quand il est décédé à 60 ans d'une crise cardiorespiratoire couplée à un œdème pulmonaire.

Sept professionnels de santé (médecin, psychiatre, psychologue, infirmiers), jugés depuis avril, encourent jusqu'à 25 ans de prison pour potentielles négligences fatales.

Voici les principaux points autour desquels a tourné ce procès. Les plaidoiries devraient s'échelonner sur deux semaines, le verdict étant mis en délibéré à une date ultérieure.

- L'hospitalisation à domicile

La famille a-t-elle été convaincue du bien-fondé de l'option, ou "manipulée" en ce sens, comme l'ont soutenu certaines des filles de la star du foot ?

Dans le but "d'avoir Maradona" sous contrôle, a suggéré à l'AFP l'une d'elles, Gianinna, pointant du doigt l'ex-avocat et mandataire Matias Morla. Ce dernier n'est pas accusé dans ce procès, mais poursuivi dans une procédure sur la gestion de la "marque" Maradona.

Jana Maradona a, elle, reproché au principal accusé Leopoldo Luque, alors médecin de confiance, d'avoir fait pression pour une convalescence à domicile, promettant que Maradona "serait pris en charge 24H/24, comme dans une clinique mais plus agréable pour mon père".

Quelques experts cités par la défense ont validé cette option, estimant qu'une hospitalisation, aux termes de la loi sur la santé mentale, "doit être le dernier recours", "exceptionnelle". Et que Maradona ne l'aurait pas acceptée, pas plus que ses filles n'auraient accepté de le forcer.

Mais d'autres experts, plus nombreux, ont souligné au contraire que Maradona était en phase de sevrage d'alcool, "pas dans son état normal", en "excitation psychomotrice", et nécessitait donc d'être dans un centre de soins voire de réhabilitation.

Ce qui n'a pas été contesté, par contre, est l'inadéquation de la maison louée pour la convalescence: équipement médical basique, pas de lit médicalisé, pas de défibrillateur, pas de perfusion disponible, pas d'ambulance à disposition...

- Le Dieu "abandonné" ?

Longue agonie, ou pas ? C'est un aspect central du procès, car il renvoie à l'attention, au suivi dont le "Dieu" Maradona a pu jouir aux derniers jours de sa vie. S'il a été découvert sans vie sur son lit en fin de matinée du 25 novembre, les experts se sont divisés sur les heures précédentes.

"Agonie prolongée", a soutenu Carlos Cassinelli, légiste qui examina le corps, puis participa à l'autopsie. La commission médicale ad hoc sur le décès estima alors qu'elle pouvait avoir durer jusqu'à 12 heures.

"De quelques minutes à quelques heures à peine", une agonie "très courte", a contrecarré un autre légiste sur la base de l'autopsie, assurant que le corps de Maradona ne présentait "aucune lésion due à une lutte".

Même opposition d'experts sur les "signaux d'alarme". Mais une majorité ont relevé des signes qui auraient dû susciter une action: l'état des reins, les œdèmes, le poids, signes d'hypertension, un patient prostré, enflé. "La dégradation a été progressive (...) au moins une dizaine de jours. L'alerte aurait pu être donnée", a asséné Carlos Cassinelli.

- Défense: pas responsables

Les accusés ont en commun de décliner toute responsabilité individuelle dans un décès dont les causes cliniques n'avaient rien à voir avec leur spécialité, leur rôle segmenté. Quand ils ne se sont pas renvoyé la balle.

"J'assurais un suivi de neurochirurgie (...) je n'étais pas le médecin traitant", s'est défendu Leopoldo Luque, reconnaissant pourtant sa proximité avec Maradona. Il a été identifié par d'autres accusés et des témoins comme le décisionnaire dans l'entourage médical d'alors.

"Comment puis-je omettre quelque chose qu'on ne m'a pas demandé ?", s'est défendue une autre accusée, Nancy Forlini, coordinatrice du prestataire externe Swiss Medical, questionnée sur l'absence d'équipement médical.

Elle a pointé du doigt Leopoldo Luque et la psychiatre Agustina Cosachov, qui "m'a dit que toutes les décisions passaient par eux (...) Il s'agissait d'un patient VIP, et tout ce qu'ils auraient demandé aurait été autorisé".

Pedro Di Spagna, médecin clinicien lui aussi accusé, a pour sa part réfuté avoir été le praticien en charge. Il a affirmé ne pas avoir pu accéder au patient lors de ses deux dernières visites, Maradona étant maintenu à distance par l'entourage médical. "J'ai été frustré de ne pas pouvoir faire mon travail, mais on m'a dit de partir".

F.al-Ghaith--BT