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Six ans après son agression par des policiers, Michel Zecler toujours marqué et "en colère"
Six ans après son agression par des policiers, Michel Zecler toujours marqué et "en colère" / Photo: © AFP

Six ans après son agression par des policiers, Michel Zecler toujours marqué et "en colère"

Six ans après avoir été passé à tabac par trois policiers, et à l'approche de leur procès le 9 novembre, Michel Zecler, un producteur de musique noir qui dénonce une agression raciste, reste très marqué moralement et "en colère" face aux violences policières qui selon lui se perpétuent en France.

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"Six ans, c'est très, très long. Moi, j'ai senti chaque jour passer. Et avec le procès qui se rapproche, plein de choses reviennent, comme les cauchemars... Ce n'est pas quelque chose de super agréable", décrit Michel Zecler à l'AFP.

Stature massive, faux airs de l'acteur américain Forest Whitaker, le producteur de 47 ans a son nom associé à l'une des affaires les plus emblématiques de violences policières, qui avait fait réagir jusqu'au sommet de l'Etat, Emmanuel Macron parlant de "honte" à l'époque.

Le 21 novembre 2020, alors que la France est confinée pour la deuxième fois en plein Covid, Michel Zecler est interpellé devant son studio parisien pour non-port du masque et suspicion de consommation de cannabis.

Poussé par les policiers à l'intérieur de son local, il subit un passage à tabac d'une rare violence - une trentaine de coups en l'espace de quatre minutes.

Révélées par le site Loopsider, les images provenant d'une caméra de vidéosurveillance provoquent un choc dans le pays et invalident les déclarations des policiers qui évoquaient des faits d'"outrage" et "rébellion".

Ils comparaîtront à partir du 9 novembre à Paris devant une cour criminelle pour faux en écriture publique et violences volontaires en réunion, et encourent 15 ans de réclusion.

- Racisme et vidéo -

"J'attends avant tout que mes agresseurs soient jugés à hauteur de leurs actes", explique Michel Zecler, qui s'est vu reconnaître 45 jours d'interruption totale de travail, avec notamment le tendon du bras gauche complètement déchiré.

Il veut comprendre, aussi. "On dit que je suis calme, mais je suis très en colère. Pourquoi ? Je me pose cette question depuis le début, je me suis posé cette question dans mes locaux, puis à l'extérieur, où cette violence a continué. Je ne comprends pas cette haine", explique le producteur de musique.

La dimension raciste - niée par les policiers - n'a pas été retenue par la justice, qui a pointé l'absence d'éléments de preuves.

"J'entends les raisons qui ont été apportées, et je respecte la justice. Mais la réalité, c'est que j'ai été traité de +sale nègre+. C'est hyper violent. Et je le redirai à l'audience", affirme le producteur.

Au-delà, et parce qu'il a conscience de ce que son "affaire représente", il espère que le procès permettra de "mettre la lumière sur des faits qui existent".

"Je l'ai beaucoup dit, je respecte le métier de policier. J'ai essayé de toujours faire la distinction entre mes agresseurs et les policiers en règle générale", dit-il.

"Mais aujourd'hui, on atteint un niveau où il faut réellement regarder ce qui se passe", ajoute celui qui ne "croit plus du tout" au concept de "brebis galeuses" dans la police.

- "Un avant et un après" -

"S'il n'y avait pas eu de caméras... leurs procès-verbaux auraient suffi à m'envoyer en prison, et pour longtemps". "Mais il n'y a pas tout le temps de vidéo", constate amèrement Michel Zecler, qui a assisté à plusieurs procès mettant en cause des policiers ces dernières années.

"J'ai vu récemment des images qui m'ont complètement choqué pendant les manifestations" lycéennes, dit-il. "Comment des policiers arrivent à mettre des coups si rapidement, à insulter si facilement ?", s'interroge-t-il.

L'agression de novembre 2020 a bouleversé sa vie.

"Ça a bousculé beaucoup de choses, physiquement, moralement, économiquement aussi", dit pudiquement le producteur, toujours suivi psychologiquement et dont les douleurs physiques "se réveillent, notamment à cette période de l'année, parce que ça me rappelle tristement ce que j'ai vécu".

Pense-t-il que le procès lui permettra de tourner une page ? Long silence. "J'espère."

"Ce qui est certain, c'est qu'il y a un avant et un après, pour moi. Et l'après n'est pas encore fini", dit-il, avant de saluer son entourage, ses amis, les médecins. "J'aurais difficilement continué à mettre un pied devant l'autre si je n'avais pas eu tout ce soutien."

C.al-Tajir--BT